Voici quelques expériences vécues par des comédiens qui sont passés par là — pour te donner une idée de ce que c'est vraiment et, espérons-le, répondre aux questions qu'il te reste peut-être encore.
Ces témoignages montrent que les comédiens et les équipes techniques professionnels comprennent que le corps réagit naturellement, qu'il est indispensable de défendre ses limites, et que la réalité technique d'un tournage est très différente de ce qui apparaît à l'écran.
La réalité technique (premier assistant réalisateur) #
Nous tournions une scène de douche sur un film à petit budget. On avait retiré les portes de la cabine pour que la caméra puisse filmer à l'intérieur. Trois membres de l'équipe étaient entassés dans la salle de bain : le cadreur, le perchiste et un technicien à terre avec une machine à fumée pour simuler la vapeur.
Les comédiens sont arrivés en body couleur chair. Je les ai aidés à enjamber le technicien pour entrer sous la douche. La maquilleuse a retouché la comédienne et s'est assurée qu'ils avaient tous les deux l'air mouillés. Le réalisateur suivait sur un moniteur depuis l'extérieur, faute de place dans la salle de bain.
On a lancé « Action ! » et ils ont entamé leur scène de baiser passionné. Juste avant que leurs lèvres se touchent, le réalisateur a crié « Coupez ! » — trop de vapeur, il ne voyait plus rien. Les comédiens sont sortis, un technicien a réglé la machine et on a aéré pour dissiper la fumée.
Cinq minutes plus tard, tout le monde de nouveau en place (le perchiste debout sur les toilettes). On repart. Trente secondes plus tard, le baiser était terminé et tout le monde est sorti pendant qu'on déplaçait les lumières pour un autre angle.
Ça a continué pendant près de trois heures. J'étais trempé de sueur à la fin. Ce n'était ni sexy ni romantique pour aucun d'entre nous — c'était simplement du travail.
Donc si tu es un peu gêné à l'idée que l'équipe te voie nu, garde à l'esprit qu'elle ne pense probablement pas à toi, mais à son travail et à son propre inconfort ! Comme le dit l'assistant réalisateur, ce n'est pas particulièrement sexy ni romantique. C'est un métier.
Tenir ses positions (Jess) #
Je tournais un film indépendant en Allemagne avec une scène d'amour assez légère. J'avais lu le scénario et en avais discuté avec le réalisateur — j'étais à l'aise avec ce qu'on avait prévu.
Mais le jour du tournage, le réalisateur a commencé à parler de rendre la scène plus forte. Il voulait de la nudité intégrale au lieu du torse nu, et que je « touche » les parties intimes de mon partenaire. Ça ne me convenait pas du tout.
J'ai eu une dispute violente avec le réalisateur. Mon partenaire ne m'a pas soutenue — il est resté dans son coin avec son téléphone. Je me suis retrouvée aux toilettes en larmes, le réalisateur est parti du plateau en criant sur tout le monde. Heureusement, l'habilleuse m'a soutenue.
Je suis contente d'avoir tenu bon. On a fini par tourner la scène telle qu'elle avait été prévue à l'origine. Le réalisateur ne m'a pas adressé la parole pendant trois jours, mais on s'est finalement réconciliés et il m'a castée dans son film suivant.
Mon conseil aux autres comédiens : il faut respecter ses propres limites pour ne jamais se laisser entraîner à faire quelque chose qu'on n'aurait jamais accepté au départ.
Jess a fait ce qu'il fallait, et le problème est venu du fait que le réalisateur n'était pas suffisamment préparé ni organisé.
Réactions naturelles (Richard) #
J'ai une érection à chaque scène d'intimité. C'est quelque chose qui arrive, c'est tout. Je me dis que si j'essaie de faire comme si ça n'existait pas, tout le monde s'en apercevra, et ce sera gênant pour tout le monde.
La première fois que c'est arrivé, j'en ai parlé ouvertement, j'en ai informé le réalisateur, il a ri et a demandé à un stagiaire de m'apporter une bouteille d'eau froide. On en a bien ri tous ensemble.
Tout le monde n'est pas aussi direct que Richard, mais c'est un bon conseil.
Sans attirance (Michelle) #
Au début de ma carrière, j'ai dû tourner une scène avec un type que j'aimais vraiment pas et qui ne m'attirait pas du tout. C'est comme ça, même si la scène finale s'est avérée plutôt réussie, ce qui m'a quand même fait plaisir.
Comment aurais-tu abordé une scène d'intimité avec quelqu'un qui te déplaît ? Selon le personnage que tu joues, une réponse possible serait d'imaginer que la personne en face de toi n'est pas repoussante ni désagréable, mais de te convaincre qu'elle est la personne la plus attirante et la plus désirable du monde. Tu fermes les yeux et tu embrasses l'homme ou la femme de tes rêves, en somme.
Incidents (Kristen) #
Un jour, un partenaire a eu un « accident » pendant une scène. J'étais tellement gênée — non pas à cause de ce qui s'était passé, mais parce qu'il y avait plein de membres de l'équipe autour qui l'avaient remarqué. En plus, je l'appréciais bien, ce qui a rendu la conversation avec lui très difficile ensuite ! Lui, bien sûr, était complètement effondré, le pauvre.
Là encore, comment aurais-tu géré ça ? Si la personne est embarrassée, il n'est pas facile de mettre les choses à plat ! Prends un instant pour y réfléchir — si tu venais de tourner cette scène et que ça s'était produit, quelle aurait été ta réaction ?
Pour finir, le témoignage d'un débutant… #
J'avais donc cette scène romantique à tourner dans un film à petit budget, et franchement ? J'angoissais depuis des mois. Tu sais comment ton esprit s'emballe vers les pires scénarios catastrophes — le mien, c'est exactement ce qu'il a fait.
La comédienne avec qui je travaillais s'est révélée vraiment sympa, ce qui m'a paradoxalement rendu encore plus nerveux. On avait déjà tourné quelques scènes ensemble et on s'entendait très bien, alors là j'étais vraiment inquiet de rester professionnel.
La veille du tournage, j'ai fait toute la préparation habituelle — tu vois, soins, tout ce qu'on peut imaginer. Un autre comédien m'avait donné des conseils pratiques sur la façon de « gérer la situation » au préalable, que j'ai scrupuleusement suivis ; et en plus de ça, j'avais aussi enfilé un slip très serré que je porterais sous un short pour la scène.
Mais voilà ce qui s'est passé — quand on est arrivés sur le plateau, ma partenaire était aussi nerveuse que moi.
Le réalisateur était introuvable, alors on a échangé quelques banalités avant que je décide de me lancer.
« Euh, désolé de te demander ça, mais, enfin, euh, quand on va tourner notre scène, euh, hm, qu'est-ce qu'on va faire exactement ? Je veux dire, euh, hm, je pense que je vais devoir te toucher, mais, euh, hm, où ? »
« Dieu merci tu poses la question ! » s'est-elle exclamée. « J'étais tellement stressée par ça ! »
Quel soulagement. On s'est assis et on a eu une vraie conversation sur ce avec quoi on était chacun à l'aise. Les limites, ce qui était acceptable, ce qui ne l'était pas. C'était maladroit mais absolument nécessaire.
Ensuite le tournage a vraiment commencé, et tu sais quoi ? Tout ce côté technique prend le dessus. On a dû faire environ six prises à cause de problèmes de lumière, de raccords, le chaos habituel d'un plateau. Le réalisateur s'arrêtait sans cesse pour ajuster des choses et montrer comment se positionner (mais uniquement à moi, comme par hasard).
Au moment où on a vraiment joué la scène correctement, tous ces arrêts et redémarrages lui avaient donné un caractère bien plus professionnel que quoi que ce soit d'autre. Et puis avoir une demi-douzaine de membres de l'équipe debout autour avec lumières et matériel, ça remet vite les idées en place !
Le moment drôle, ça a été de voir l'équipe essayer de ne pas avoir l'air jalouse — c'est là que j'ai enfin pu me détendre et vraiment prendre plaisir à faire mon métier.
Tout s'est donc bien passé. Mais le professionnalisme reste de mise : quand on y pense, peu de gens sont capables de se montrer passionnés et de s'impliquer pleinement avec une salle pleine de témoins. C'est là que les comédiens font la différence : un bon comédien professionnel sait faire abstraction de ce qui l'entoure et se concentrer sur la scène — et c'est exactement ce qu'a fait ce comédien.